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Flavien Berger par Meriem Bennani...
J’écris ce texte mentalement sur un tapis roulant en écoutant Gilded Glaze de l’EP Glitter Gaze. Son premier disque aux dégradés bleus et roses sorti en janvier 2014 chez Pan European Recording, accompagné d’un clip compilant trois années de vidéos montées selon les lois océaniques d’un data moshing éternel. Sous mes yeux, dans l’écran du tapis, je vois défiler une plage de Nouvelle Zélande. Je cours entre le sable humide et des falaises rouges, survolant des trajets impraticables et traversant des buissons mal digitalisés en écoutant les basses hypnotisantes. Flavien m’a appris à ne pas avoir peur du premier degré.
Nous échangeons beaucoup. Je me nourris de packs mensuels de musique .mp3, cassettes audio digitalisées et enregistrements de répétitions que Flavien m’envoie comme des morceaux d’histoires, ma dose de son, de films mentaux, d’amour et de sentiments recyclables pour quelques semaines. Flavien compose la musique de mon quotidien et de chacun de mes projets vidéo. Sans exception. Sur l’autoroute longeant la côte atlantique nord du Maroc j’écoute Océan Rouge de l’EP Mars Balnéaire (juin 2014) un carnet de vacance issu d’une histoire de science-fiction. Je scrute les vagues blanches, ma planche de surf battant la mesure contre le rétroviseur. En écoutant sa musique, j’apprends un leçon essentielle qui influence profondément mon rapport à l’écriture, au dessin et à la vidéo : en travaillant tous les jours il est possible d’arriver à une certaine maîtrise d’un langage dont la logique interne est si cohérente qu’elle laisse place à un espace de liberté extrême et psychédélique.
Il accorde à ses productions et ses boucles sonores le temps d’exister, de se répéter à l’infini jusqu’à la création de matières énergétiques nouvelles - comme une vague minuscule sur la surface de l’océan dont seule une observation en slow motion permet de remarquer l’impact sur la plage. Dans un monde post-internet marqué par une impatience désespérante, j’admire les longueurs intactes et nécessaires de ses épopées sonores qui me rappellent l’importance de savoir ne pas s’excuser.
Ses morceaux se nourrissent d’éléments extérieurs à la musique; d’images mentales, d’une curiosité quasi alchimique et d’enthousiasme pour tout ce qu’il entreprend et observe : de ciné, de techniques de peinture marbrée, de l’angle à trouver pour que la paume de ta main percute la surface de l’océan en imitant parfaitement une grosse caisse, d’œufs brouillés au four et d’amour familial et universel. La structure de ses tracks file une narration extrême dont les mélodies régulent la charge émotionnelle et le bpm de ses beats la géologie du paysage traversé. Il a plusieurs personnages. Sur certains morceaux, c’est un lover dont la voix prend des tonalités de jukebox de station service sur Jupiter. Sur d’autres morceaux il pousse ses compositions à des niveaux d’une complexité classique tout en maintenant une base de beat binaire, primaire. Les rythmiques de Flavien sont parfaitement désynchronisées, assujetties à la longévité imprévisible de nappes infatigables et génératrices de matière sonore électronique pure. Nostalgique, visionnaire et psychédélique, sa musique est nourrie d’images synthétisées par la navigation complexe de ses setups autodidactes.
Son premier album qui sort fin avril, sera un attraction aquatique de fête foraine, avec des oscillations extrêmes entre la surface de l’eau et les abysses mystérieuses, un voyage à plusieurs temps, jonché de fragments d’une narration faite de reflets, un jeu d'énigmes, un labyrinthe sonique, avec un monstre final. C’est dire la place qu’ont les histoires dans la musique de Flavien.