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En dix ans, Shannon Wright est devenue une référence en matière d'intégrité et de sincérité, deux qualités qui lui valent le respect de toute la profession et d'un fan-club fidèle. Aujourd'hui, elle s'affranchit de son image d'animal farouche grâce à "Honeybee Girls", un album lumineux et inspiré.

En 1999, (re)naissait une artiste, entière et passionnée comme il en existe peu, même dans le milieu de la musique dite alternative qu'elle avait voulu quitter, suite à la déception de son premier groupe Crowsdell. Shannon se construit alors un monde dans lequel elle peut chanter, crier, pleurer, chuchoter tout ce qu'elle a sur le coeur. Et le sien est tellement chargé de frustration et de désirs, d'utopie et de déception, qu'il lui faudra quatre albums pour en éteindre l'incendie et atteindre un relatif apaisement. "Flight Safety" (1999), "Maps of Tacit" (2000), "Dyed in the Whool" (2002) et "Over the Sun" (2004) explorent chacun à leur manière la corde raide de la colère et les affres de l'angoisse, appuyés par une production dépouillée, signée par deux fois Steve Albini.

Sur scène, ce mal-être explose en gerbes de feu qui brûle les planches et les esprits, faisant passer Cat Power pour une aimable chanteuse dépressive. Armée d'une simple guitare électrique, le visage caché derrière une épaisse frange rousse, elle investit l'espace avec sa conviction et ses riffs rageurs. Assise derrière un orgue (de préférence un Wurlitzer vintage), les cheveux sagement attachés en deux couettes adolescentes, la puissance de sa voix fait même taire les verres de bière. Avec ou sans batteur (ou batteuse), ses concerts deviennent des évènements, attendus comme la Nuit Blanche partout où elle pose ses valises.

C'est en France, qu'elle va (re)découvrir la convivialité de l'échange artistique grâce à un autre musicien d'exception : Yann Tiersen. Malgré leur timidité, ces deux-là vont s'apprivoiser pour enregistrer en 2004 un album qui réussit à abolir les frontières entre leurs univers. Le touché de piano de Shannon, qui n'a rien à envier à celui de Yann, s'épanouit et laisse entrevoir des possibilités encore inexplorées. Shannon amorce un virage, sur disque et sur scène, qui reflète d'heureux chamboulements personnels. Elle arrête de se jeter en pâture au public et remet la musique au centre de la relation. Et tout naturellement c'est le piano qui ouvre "Let in the Light" en 2007 et l'accompagne pour sa tournée solo, qui atteindra un sommet dans l'incroyable décor du Théâtre des Bouffes du Nord.

Avec son complice de toujours, Andy Baker (bassiste et ingénieur du son) et Brant Rackley (batteur de Japancakes), Shannon Wright se dévoile encore autre dans "Honeybee Girls". La caricature de la passionaria rock, à laquelle beaucoup auraient voulu la réduire, s'efface pour laisser place à une jeune femme dont la voix a atteint une plénitude rayonnante. Bien sûr les vieux démons ne sont pas tous morts et se défendent énergiquement dans deux morceaux électriques (les tempétueux "Trumpets on New Year's Eve" et "Embers in your eyes"). Mais Shannon ne crie plus contre la lâcheté de l'autre, elle la domine ("Never arrived", "Strings of epileptic revival"). Elle ne se déchire plus sur les regrets du passé, elle les transforme en un écho doux et immatériel qui caresse les instruments plus qu'elle ne s'y oppose ("Tall countryside", "Honeybee girls"). Elle nous laisse enfin partir sur l'intemporelle berceuse douce amère "Asleep", reprise fétiche des Smiths.

On découvre aussi grâce à "Honeybee Girls" une productrice assoiffée d'apesanteur qui affronte ses tabous : acoustique et électronique. Piano, orgue, guitares, violoncelle sont auréolés d'un souffle inédit, accompagnés de sonorités vagues qui donnent une impression d'espace totalement inédite dans sa discographie. Ces nouvelles aspirations se cristallisent sur "Father", véritable morceau de bravoure tout en boucles inversées et chuchotements électroniques qui devrait conquérir les fans de Radiohead et de Björk.

"Honeybee Girls" est à n'en pas douter une pierre blanche dans le parcours de Shannon Wright, qui traduit avec de nouveaux moyens une générosité et une sensibilité à nulle autre pareille. D'aucun qualifieraient ce disque d'heureux évènement !